Site officiel de Gilles Ghez, peintre, sculpteur

 Le Durantinium

Il vous naît un ami, et voilà qu’il vous cherche
Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux
Mais il faudra qu’il soit touché comme les autres
Et loge dans son coeur d’étranges battements
Qui lui viennent de jours qu’il n’aura pas vécus…

Jules Supervielle, "Les amis inconnus in Le Forçat innocent", Gallimard

Jean-François Ribay

C’est lors d’un dîner chez des amis, il y a une vingtaine d’années, que la première boîte ghézienne  est venue à moi, « The last british shirt ».
Je demande qui fait cela, il m’est répondu : « Ghez ». Que fait-il donc d’autre ?  « Des boîtes ! »
Me voici, non seulement, très intrigué, mais touché, logeant dans mon cœur d’étranges battements, larguant les amarres pour un rêve à Hong-Kong.
Plus tard, je fais la connaissance de Gilles. Nous deviendrons bien vite amis, puis complices, avec bonheur.
 
Depuis, c’est bien souvent que nous partageons des jours; nous nous sommes découverts beaucoup d’atomes crochus, de rêves communs, de lectures, de musique, de chansons, d’objets, de centres d’intérêts, etc.
 
Privilège des privilèges, je suis admis dans son atelier. Il travaille à son bureau - établi, pendant que, complice, je photographie ses boîtes. J’ai le droit de circuler, observer, toucher, regarder, interroger !
 
Ah, les boîtes, ces boîtes, ses boîtes, d’où sortent-elles ! Une première clef est de penser à sa boîte crânienne, bien nécessaire,  mais pas suffisante.
 
Gilles est un travailleur acharné, un bénédictin, un moine artiste dandy défroqué, isolé de l’agitation profane dans sa cellule-atelier.
 
Que serait-il sans le secours de la Boîte des boîtes dans son île montmartroise ?
 
Cette boite primordiale, essentielle, vitale, son atelier, je le nomme : Durantinium. C’est un murissoir intransportable, le four, le creuset, l’athanor, la cornue où bouillonnent et se côtoient dragons, sirènes, princesses hindoues, automobiles, vanités, tigres, éléphants, chevaux, magots, sauterelles, Hollywood, Bollywood, Cinecitta, Morand, Léautaud, Proust, Kipling, Hitchcock, Pratt, Douglas Dartwood… Des étagères de livres, de carnets grimoires en recettes ghéziennes, de boîtes à matières, grouillant d’un inventaire à faire pâlir un Prévert, de tout, on y trouve de tout, jusque l’aspirateur, conspirateur qui élimine les traces… Pinceaux, plumes, grattoirs, gouges, crayons, couleurs, mamelonnent  un paysage sur l’établi de Maître Gilles ! Sous ses mains fines, habiles, le bois, la pâte à modeler prennent vie, comme chez Gepetto. Gilles aura revêtu sa combinaison de travail, d’un vert dont seuls les anglais ont le secret ou protègera son costume en tweed, sous une blouse sans âge en coton gris chiné du plus bel effet pour un artiste ménager...
 
Perché sur la hune mezzanine, j’aime à m’accouder sur le bastingage de ce navire immobile, sans tangage ni roulis, silencieux, frémissant de l’ouverture faite à l’océan de nos rêves par le geste assuré de l’artiste.
 
C’est donc ici, et seulement ici, que naissent les boîtes de Gilles Ghez, comme autant d’îles singulières. Il  nous appartient ensuite de casser cette insularité, pour partager, en amis connus, ses histoires que nous avons vécues. Reste à vous inviter à  lui emboiter le pas…


Jean-François Ribay
Paris – mars 2015

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